Zatla Blues

La consommation de drogue en Tunisie ne cesse de croître, surtout auprès des jeunes. Dans une société en proie à de grandes mutations, beaucoup voient dans le zatla (cannabis) un aspect de la lutte pour la liberté.

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L’usage de stupéfiants augmente fortement en Tunisie, surtout auprès des jeunes. Le cannabis—ou zatla dans le dialecte local—remporte le plus de suffrages. Une étude conduite par l’Association Tunisienne de Prévention de la Toxicomanie (ATUPRET) affirme que 70 pour cent de la des usagers souffre d’une toxicomanie quelconque et que presque la moitié des écoliers de 15 à 17 ans ont expérimenté les stupéfiants. Selon l’ATUPRET, une des principales raisons de cette hausse est la disponibilité de la drogue, due à une augmentation du trafic de stupéfiants, car la sécurité décline le long des régions limitrophes du désert. La Tunisie est au carrefour d’une route de la drogue commune qui va du Maroc à l’Algérie et la Libye.

L’approche tunisienne des toxicomanes est traditionnellement très sévère. Une loi de 1992 sur les stupéfiants reste en vigueur et menace tout possesseur ou consommateur de drogue illicite d’un à cinq ans de prison ou d’amendes allant jusqu’à 1 380 € (1 850 dollars américains). Sous le régime de Ben Ali, la loi anti-stupéfiants fut utilisée comme instrument d’oppression. Les abus de la police dans les affaires de stupéfiants furent monnaie courante et les formalités procédurales habituelles furent violées. Or, cette situation persiste. La législation sur les stupéfiants frappe de nombreux jeunes—la majorité des prisonniers pour infraction à la loi sur les stupéfiants a entre 18 et 35 ans. Elle a un effet sur une proportion significative de la société tunisienne (presque un tiers de tous les prisonniers est détenu pour infraction à la loi sur les stupéfiants), et elle est au cœur du mouvement en faveur d’un changement politique.

Ces dernières années furent marquées par une sévère répression des usagers et des trafiquants de stupéfiants. Des rapports font état d’abus physiques de toxicomanes dans les prisons et de corruption parmi ceux qui sont censés appliquer la loi, mais profitent eux-mêmes du trafic de stupéfiants.

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